Restructuration : Alcatel-Lucent épingle la concurrence par les prix, Free conteste

L’intervention de Michel Combes, nouveau directeur général d’Alcatel-Lucent, au colloque de l’Arcep, était attendue. L’annonce du plan Shift et de la suppression de 10 000 postes dans le monde a en effet laissé des traces.

Dans son allocution, Michel Combes n’a pas cherché à contourner la vérité : “Alcatel-Lucent paye les erreurs du passé, le virage raté de la 3G, une R&D trop éparpillée, une offre trop généraliste, un engagement trop faible dans les pays émergents.”

Mais ces raisons structurelles ne sont pas les seules. Michel Combes s’en est en effet violemment pris à la structure du marché européen et français des télécoms. “Les opérateurs se différencient désormais par les prix, ce qui pèse sur les marges et la capacité d’investissements future des opérateurs, et donc sur la santé des équipementiers. On ne peut pas maintenir cette approche. Tout le contraire des Etats-Unis où les opérateurs se démarquent par l’innovation.”

Sous-investissement des opérateurs dans les réseaux

“Nous sommes désormais très en retard sur les Américains, notamment en matière de 4G qui représente un levier de croissance important”, souligne le patron qui oublie un peu vite que les Etats-Unis ont raté la case 3G, de très mauvaise qualité dans le pays.

Et de poursuivre : “On observe en Europe un sous-investissement dans les
réseaux, d’autant plus que les investissements en équipements réseaux
actifs ne représentent que 25% des dépenses des opérateurs. Toute la
chaîne de valeur est pénalisée, il y a urgence à agir, notamment au
niveau européen. Il faut inciter à investir, en modifiant les modèles économiques, la régulation, afin de jouer la carte de l’innovation.”

L’arrivée de Free Mobile qui a bouleversé la donne et initiée une baisse importante des prix, est clairement visée même si l’opérateur n’est pas nommé. Mais ça n’a pas empêché Maxime Lombardini, directeur général de Free de réagir a posteriori lors d’une autre table ronde.

“La concurrence créé de la valeur et l’investissement des opérateurs est au plus haut en France”, assène le responsable. “Je suis en profonde opposition avec le constat de Michel Combes, les opérateurs vont bien et génèrent des Ebitda encore supérieurs à 30%. Le modèle américain est peut-être formidable mais les prix pratiqués sont très élevés,100 dollars mois pour du très haut débit”.

Un constat partagé par Jean-Ludovic Silicani, président de l’Arcep : “un modèle américain qui détruit 500.000 emplois n’est pas un bon modèle.”

Pour Free, “pas envie de signer des contrats” avec Alcatel-Lucent

Pour Maxime Lombardini : “La juste répartition de la valeur se fait par la concurrence, une concurrence encadrée, c’est pourquoi il ne faut pas alléger la régulation”. Encore faut-il qu’elle soit loyale et non destructrice, précise l’Arcep…

Interrogé sur l’éventuel patriotisme économique de Free envers l’équipementier franco-américain, là encore Maxime Lombardini réfute toute accusation. “Free Mobile est le seul opérateur qui n’a pas fait appel aux équipementiers chinois sur demande du gouvernement actuel et du précédent. Pourtant leurs équipements sont de plus en plus performants et plus forcément les moins chers.”

“Nous travaillons depuis le début de nos déploiements avec NSN (ex-Nokia Siemens Networks), on ne peut pas changer de fournisseur comme ça ! Et quand j’écoute Michel Combes et sa violente attaque contre le 4e entrant, quand je vois que la pire tribune écrite sur Free Mobile est signée de Michel Combes dans les Échos, je n’ai pas spécialement envie de lui faire signer des contrats”. Voila qui a le mérite de la clarté.

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